Ça y est, nous l’avons vu ! Ça y est, le documentaire sur Alain a été diffusé sur France 3 Ouest, ce samedi 7. Un documentaire, certes, mais le terme est insuffisant pour caractériser ce qui ressort de ce film : une histoire, l’histoire d’une aventure et de l’émotion. C’est donc bien un vrai film que l’on a le plaisir de regarder et il faut rendre grâce au réalisateur d’avoir su mêler la terre natale et la mer d’adoption, les racines et le grand théâtre aquatique sur lequel Alain a décidé de jouer sa passion. Oui, le réalisateur a fait de la pâte humaine d’Alain une œuvre mais il faut bien reconnaître que les plus belles images sont celles qu’Alain a faites au cours de son périple, même si elles sont techniquement moins belles. Il est d’ailleurs étonnant de voir comment l’homme réservé, discret a réussi à se mettre en scène au fil des jours de l’aventure. Ceux qui le connaissent savent, évidemment, qu’il ne l’a pas fait pour la gloire médiatique. A voir le soin avec lequel il pose la caméra, la regarde, lui parle, on se dit qu’il le fait, certes, pour Nicole, pour ses proches mais aussi et surtout pour tous ceux qui l’ont épaulé, aidé, accompagné dans la préparation du tour du monde. Comme si, en contrepartie du temps accordé, de la sueur dépensée, il jugeait qu’il doit ça, qu'il nous doit ça. Montrer que tous ces efforts n’ont pas été vains et que le don de chacun a été payant. Sacré Alain ! Tout le monde se reconnaîtra dans ce souci scrupuleux de l’autre, sans distinction de statut, d’origine, de rang. Dans ses images, Alain remercie tout le monde. Avec sa hantise : surtout, n'oublier personne.

L’autre dimension qui transparaît du film est la formidable force qui transpire du personnage. Une de ses collègues de La Poste de Plélan-le-Grand avait commenté son retour en un très joli propos : « On se demande comme un si petit bonhomme a pu faire une chose aussi grande ». Le film montre cela. Cet homme est doué d’une force de caractère étonnante et qu’il cache bien sous ses habits quotidiens de postier ou de La Justice, à Beignon. Une force qu’a bien perçue et que magnifie superbement Thomas Coville à plusieurs reprises dans le film, lui, qui, le côtoyant au môle de La Trinité, avait su voir spontanément que cet homme là préparait réellement une aventure et avait, dès les premiers jours qui avaient suivi son arrivée, salué et souligné son exploit.

Le film rend bien compte, enfin, de la dimension que l’aventurier a conservée. Devenu seigneur des mers, il a su rester homme de la terre. Les images de la scie à grumes sont parlantes à cet égard. Nous, tous ses amis l’avons vu acheminer et installer l’énorme et lourde scie comme un jalon ordinaire de sa vie de rural urbain, de rurbain, comme on dit aujourd’hui. L’opération avait une valeur symbolique : témoigner, affirmer qu’il reste un terrien, dire en silence à son père sans que quiconque le remarque : « Tu vois, papa, je reste près de toi, je ne t’ai pas renié. C’est toi qui m’a appris à aimer les forêt, les arbres, le bois. Ce n’est pas parce que j’ai fait le tour du monde sur bateau que j’ai quitté ton monde et oublié ce que tu m’as appris ». Comme il lui parlait sur le bateau, le figurant à son côté, sur le pont ou dans la carré. Ce père là, et Marie, toujours parmi nous, bon pied bon oeil, qui préserve la mémoire de l’enfance dans la maison quasi intacte de La Chapelle-Chaussée, peuvent être fiers de leur petit bonhomme, comme nous le sommes nous-mêmes. On fond aussi à l'entendre regretter que le facteur moderne ne soit plus le messager de l'amour. A en juger, en tous cas par les enveloppes bleues, roses, frappées de coeurs comme autrefois... Comme si les enveloppes uniformisées et pré-timbrées illustraient la fin d'un monde qu'Alain voit filer inexorablement avec regret : celui de l'altruisme, de l'amitié, de l'amour. Au terme du générique du film, une fois encore, on se rend compte qu’on quitte l'écran, les yeux embués de larmes, et on s’entend redire : « Chapeau, Alain ».

Thomas Coville, homme également aux mots de la mer très justes, a raison de dire que, pour les marins au long cours, « chaque traversée est une vie entre parenthèses ». Alain et Nicole vont, demain, se lancer dans la Jacques-Vabre. Même s’ils connaîtront les difficultés et les aléas de la compétition, à coup sûr, l’océan et les flots, sauf coup de tabac funeste, paraîtront bien doux à l’aventurier solitaire et magnifique qu’il est. Surtout qu'il partage, cette fois, l'aventure et les flots avec celle qu'il également amenée à la mer, Nicole, et dont le flanc du roof révèle son nouveau statut: celui d'équipière.
Ce film ne laisse qu'un regret, de forme : il ne cite pas le nom des personnes qui évoquent et font vivre Alain. Certes, ce sont des proches, et on devine que le réalisateur a voulu laisser toute la pâte humaine s'exprimer par la seule image mais cette omission est gênante pour tous ceux qui ne le connaissent que de loin et qui ne connaissent pas, tout ténor du grand large et marin émérite qu'il est, Thomas Coville.
Joseph GICQUEL
Nous vous informerons d’une éventuelle nouvelle diffusion du film et sa de sa commercialisation en DVD. A noter également que le quotidien Libération du samedi 6-11 a consacré son portrait de dernière page à Nicole et Alain. Un portrait plus humain que marin mais juste. Nous le mettrons en ligne.
ET MAINTENANT, LA JACQUES-VABRE... A dimanche.
En janvier 2010, FenêtréA-Cardinal a confié la barre du trimaran à Erwan Le Roux. Passionné de mer et de voile depuis 18 ans, le natif d’Auray s’est constitué, année après année, une réputation...